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Construire hors-site : convaincre par l'exemple les bailleurs sociaux

Publié le 18/05/2026 dans Actualité réseau

Le 7 mai, EnvirobatBDM, l’Association régionale HLM Paca et Action Logement ont organisé la visite d’une bâtisse à Marseille dont la réhabilitation s’opère avec l’usage de façades bois-paille.

« L’avantage du hors-site, c’est de pouvoir anticiper la réalisation sur site », confie Thomas Fillault, dirigeant de la société Aïki "Unissons nos énergies", en charge de l’ordonnancement, du pilotage et de la coordination (OPC) de la réhabilitation d’une bâtisse de l’association diocésaine de Marseille, maître d’ouvrage.

Le projet est conçu par Atelier Z Architectes. Situé boulevard de Reims, dans le 14e arrondissement de Marseille, le chantier a reçu la visite, le 7 mai, de représentants d’EnvirobatBDM, de l’Association régionale HLM Paca, d’Action Logement, de Fibois Sud et de l’Ordre des Architectes Paca. L’initiative s’insère dans le cadre du programme dédié à la construction hors-site mis sur pied depuis décembre 2025 en vue de promouvoir la démarche de réalisation d’éléments d’un projet de construction en dehors du lieu même du chantier, dans une approche plus industrialisée, aux avantages multiples. Ce groupe de travail s’intéressait à la thématique de la conception et du sourcing pour la rénovation. Après la découverte de terrain, les échanges se sont poursuivis à l’Epopée où diverses expériences ont été relatées.

 

Combiner les techniques pour un chantier durable

La réhabilitation de l’ensemble bâti, avec une ossature de façades bois-paille fabriquées hors-site par la Scop Triangle, basée à Gardanne, doit aboutir à la création de 14 logements. Si le Diocèse souhaitait une construction écologique, conformément à un manifeste qu’avait édicté le Pape François, comme l’a rappelé Thomas Fillault, il n’en faut pas moins « maîtriser l’économie du projet » et s’assurer de l’approbation de tous les organismes de contrôle et de sécurité.

« En sortant de la paille à 22 mm au lieu de 36 mm, on réduit le volume de bois nécessaire tout en ayant un complexe optimal sur le plan thermique. On a aussi beaucoup veillé aux aspects acoustiques », poursuit-il, en soulignant l’avantage de la rapidité d’exécution. De plus, l’implication de Recycle-Avenir, de Re-Nêtre et d’autres sociétés(1) a permis de procéder à une « déconstruction sélective » qui favorise le réemploi élargi de matériaux divers issus des lieux : des cloisons, murs de façades et murs intérieurs ont été déplacés, du bois, des tuiles (notamment concassées), des mallons, des verrières métalliques ont trouvé un nouvel usage. « Nous avons expérimenté beaucoup sur ce chantier », admet Thomas Fillault.

 

Réussir à mutualiser les compétences

Sans négliger l’esthétique évidemment. « Le bois massif découvert sous les tatamis du dojo que nous avons démoli a été collecté et stocké pour en faire des parquets. Ce sera joli et moins cher et ça évite d’installer du carrelage. » La terre du site a servi à la conception de briques de terre crue (adobes), à des enduits de finition… « Une quinzaine de bénévoles sont venus les confectionner, le matériau est magnifique, écologique et lui aussi à coût maîtrisé », assure-t-il. La mutualisation de compétences apparaît, selon lui, comme un vecteur de réussite de tels chantiers.

Sous l’impulsion de l’association Amerma, la création de CooTerre (Coopérative technique de rénovation et de réhabilitation écologiques) qui propose des espaces de travail et de stockage partagés, lui semble une étape majeure pour la restauration du bâti à Marseille. « Nous y ferons même de la R&D », se réjouit-il.

 

Bien se préparer en amont, un impératif !

Dans le prolongement de la matinée, Pierric Martin du cabinet "Hors-Site Conseil", spécialisé dans l’assistance à maîtrise d’ouvrage dans le procédé constructif hors-site, a délivré quelques clés d’attention préalable à une telle approche. Détaillant un chantier de rénovation thermique d’un bâtiment par la pose de façades préfabriquées, il a insisté sur l’impératif de « travailler le plus en amont possible, même avant la conception et le choix des entreprises », pour inventorier toutes les contraintes techniques et environnementales du projet, s’y adapter et éviter les obstacles. « Les bureaux de contrôle et les assurances aident à identifier les points de blocage », dit-il, d’autant plus que le budget du maître d’ouvrage doit être sécurisé au mieux.

« Cela peut toujours être compliqué avec les assurances quand on arrive sur des techniques non-courantes », complète Olivier Emschwiller, directeur de l’activité "hors-site" de Socotec. Et aborder tous les questionnements en amont permet d’analyser les risques dans la sérénité. « Quand il y a sinistre, tout le monde est plus tendu. Je prône donc la prudence », note Sandra Satgé, juriste référente hors-site, pour la Mutuelle des architectes français (MAF).

 

Contrôler toute la chaîne sans altérer le calendrier

Socotec dit aller jusqu’à étendre sa mission de contrôle dans les usines de production mobilisées pour vérifier que les procédés intègrent bien le management du risque. « Cela se construit en fonction des industriels, mais les coûts additionnels de ces contrôles ne sont jamais à la hauteur du risque assuranciel », précise Pierric Martin.

Un autre élément est à prendre en compte : le calendrier souhaité par le maître d’ouvrage. « Lorsque le timing est contraignant, le hors-site est le plus adapté parce qu’il permet de lancer la production et de stocker », explique Olivier Emschwiller, en rappelant l’exemple du village olympique de Paris 2024 à ossature bois.

Hicham Abdel-Halim, responsable de projets "Développement et construction durable", d’Action Logement immobilier, illustre le propos par un chantier où 570 panneaux de façades bois, fabriqués par Sybois, ont été posés en quatre mois sur une résidence de 3F de 176 logements sur six bâtiments en région parisienne (Einbeck-Thiais) alors qu’il aurait fallu un an avec une méthode traditionnelle.


Atténuer les nuisances et gagner de la valeur

Ossature, isolation, menuiseries, 3F a opté pour du "tout bois". « On s’est même autorisé le luxe, par choix architectural, de prendre du chêne français pour des poteaux de bois, glisse Hicham Abdel-Halim. Les finitions intérieures ont été effectuées en trois mois. Les nuisances sont limitées pour les habitants, la qualité des produits est maîtrisée. Aujourd’hui, les locataires sont heureux, le niveau d’isolation est remarquable et rien n’a bougé ».

L’impact carbone a été évalué à -59 % entre une façade classique et cette façade préfabriquée. A Flers (Orne), ArcelorMittal a fourni à Logissia (groupe Action Logement), via son usine de Reims, 112 balcons en acier (balcons D2B Canopée) qui remodèlent significativement un immeuble.

Pour son chef de marché, Vincent Birarda, il ne fallait absolument pas apporter de charge au bâtiment. Mais au bout de la transformation, c’est de la valorisation gagnée. « En cas d’acquisition de l’appartement, c’est 30 000 à 35 000 € de plus lorsqu’il y a un balcon », assure-t-il. Sans compter le gain de temps dans la réalisation : « Quand le camion de livraison arrive sur le chantier, les balcons sont posés dans la foulée », ajoute-t-il.

 

Mieux cerner les attraits pour emporter l’adhésion

« Le hors-site peut créer de la revalorisation en accession sociale », confirme Patrick Grégoire, directeur régional Paca de GA Smart building, qui a évoqué le chantier de réhabilitation énergétique avec façades à ossature bois sur 11 000 m2 répartis sur six bâtiments du quartier Bel Air, à Saint-Priest (Rhône) par l’entreprise Ossabois pour le compte de Citinea.

Au nom d’EnvirobatBDM, Virginie Sancho, responsable communication et partenariats, espère que les bailleurs sociaux vont peu à peu s’emparer de la méthode, tant elle peut répondre à l’enjeu d’accélérer la construction de logements dans la région.

Le 19 juin prochain se tiendra à Marseille une réunion bilan de ce groupe de travail pour que chacun soit à même d’ouvrir de nouvelles perspectives. Comme le confie Pierric Martin, « il suffit que sur des résidences détenues par plusieurs bailleurs l’un d’entre eux montre l’exemple sur ses édifices pour que d’autres suivent... »

 

(1) Future, Le Ferronnier, ANJ Construction, Jade Construction, Anatomies d’Architecture, Briquetterie Raz de terre, Chanvre et Chaux, Lisa Miallon, STC et bénévoles du chantier participatif Terre.